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Notes d'écriture... et lectures à voix haute

il y a 4 heures
4 min de lecture

Une page de cahier manuscrite à l'encre bleue, dont les premières lignes sont floutées; une ligne ondulée et un crochet dans la marge de droite marquent le passage.
Soyez indulgents pour mon écriture : c'est ma cryptographie personnelle.

Pages du matin


J'aime faire mes pages du matin, une méthode imaginée par Julia Cameron. Quand je finis de remplir un cahier, je retourne voir, rapidement, si j'ai laissé des passages marqués sans les revoir. En général, les passages marqués d'une ligne dans la marge ont soit un petit crochet qui me dit que je les ai déjà recopiés, soit une ligne barbouillée qui me dit que je n'ai pas jugé bon d'utiliser ce passage. Parfois il s'agit d'éléments utiles dans mes projets en cours, comme Sept à la dérive, ou dans un billet sur mon blogue, ou pour préparer une infolettre, etc. Parfois, il s'agit simplement de réflexions, d'idées plus ou moins réfléchies sur toutes sortes de sujets, ou de passages intéressants ou amusants pour moi, pour lesquels je n'ai pas d'utilisation particulière, mais que j'ai envie de garder sous la main, sur l'ordi. Car une fois qu'un cahier retourne sur les tablettes se joindre aux dizaines d'autres qui y sont déjà, les chances diminuent drastiquement que je le consulte à nouveau avant très, très longtemps.


Voici un petit bout de cahier : un petit passage marqué et oublié, dans le cahier que j'ai fini de remplir ce matin. Je n'avais pas prévu que mon explication serait plus longue que le passage lui-même, mais voici.


Un cahier rouge fermé, avec un élastique, posé sur un bureau en bois.
J'aime essayer toutes sortes de cahiers. Ici : Moleskine, fermé, pour le repos de vos yeux.

« Pourquoi je déblatère tout ça ce matin? Pour remplir des pages jusqu'à trois? Non. Parce que je sais que des idées les plus saugrenues naissent parfois les idées les plus belles. Alors je revisite des trucs, et parfois, des idées sans rapport ont, justement, un rapport, ou plutôt, des rapports étranges*, et de ces rapports étranges naissent d'autres idées, nouvelles, jeunes et belles, vitales, essentielles à la survie de l'espèce des idées. Une idée bébé grandit doucement, en vagissant, boit aux trois heures et vous réveille la nuit, et grandit, grandit... Vous êtes un peu épuisés, mais vos petites idées deviennent grandes, et une nouvelle, un roman, et une autre histoire, qui pourrait exister dans un autre lieu, un autre temps, une ébauche, un plan, une autre ébauche, une discussion, des mots, d'autres plans, d'autres ébauches; on teste ceci, on teste cela, et ça grossit, ça grossit et ça s'additionne, et ça s'empile; ça s'oublie parfois aussi; on peut en échapper, et les retrouver dans le fond du cahier ou du dossier, et dire... Allô, toi! »


*Clin d'œil au recueil de nouvelles de Philip José Farmer, Des rapports étranges. Ça vaut le coup d'œil!




Et maintenant, tant qu'à parler d'idées qui tombent dans l'oubli, et même... de livres, ou d'auteurs! Voici une petite tranche de vie.




Lecture à voix haute


Mon père est un grand lecteur. Mais de nos jours, il a de la difficulté à lire par lui-même. Il reste quand même un grand lecteur... grâce à ma sœur. C'est elle qui a eu l'idée de lui lire des livres à haute voix. Ils ont commencé par des romans historiques, et poursuivi avec toutes sortes de choses passionnantes. Je me suis dit que je pourrais contribuer moi aussi. Alors j'ai pris l'habitude, le soir, d'appeler mon père sur FaceTime et de lire avec lui. J'adore ça! Il adore aussi.


Il m'avait d'abord suggéré un ouvrage de la professeure de littérature Patricia Smart : De Marie de l'Incarnation à Nelly Arcan. Se dire, se faire par l'écriture intime (Boréal, 2014). À coup de quelques pages par jour, on est passés au travers en quelques semaines et c'était passionnant. Je n'aurais pas lu ça sans sa suggestion; sans lui, je n'aurais même pas su que ce livre existait.


Des phlox roses en fleur devant une vieille clôture de bois et des feuilles de vigne vierge d'automne.
Un phlox de mon quartier.

J'y ai appris des tas de choses étonnantes. L'auteure a recueilli tout ce qu'elle pouvait trouver de journaux intimes, de correspondances et d'autofictions de femmes en Nouvelle-France et au Québec, du régime français jusqu'à tout récemment. On a parcouru ensemble la période des Patriotes, avec Julie Papineau, le XIXe siècle avec divers journaux intimes de jeunes filles de familles proéminentes, des journaux d'écrivaines du début du XXe, jusqu'à l'autofiction de Nelly Arcan.


Un titre est revenu plusieurs fois : La maison aux phlox. J'ai proposé d'y jeter un coup d'œil. Les livres de Michelle Le Normand ne sont plus disponibles en version imprimée, mais tout est en ligne, bien archivé. Rien de plus facile que de les lire. On a donc commencé par La maison aux phlox, un recueil de nouvelles paru en 1941. Puis on est retournés au début de l'œuvre de l'auteure : Autour de la maison, 1916; Couleur du temps, 1919; Enthousiasme, 1947; et ces jours-ci, Le nom dans le bronze, 1933. La plupart sont parus aux Éditions du Devoir.


Ce sont de courtes nouvelles qui parlent un peu de tout, certains passages un peu trop religieux à mon goût, mais qui représentent fidèlement l'époque, des descriptions carrément magiques de Montréal, des Laurentides, de la Gaspésie (Chandler et son barachois!), tels que ces endroits étaient à l'époque. C'était très différent, et pareil à la fois. Captivant. C'est évocateur, coloré, drôle, touchant; ça se lit bien, ça coule sur la langue et dans les oreilles. Parfait pour un papa passionné de littérature et d'histoire.


Vous est-il déjà arrivé qu'on vous lise un livre à voix haute? Ou d'en lire un à quelqu'un d'autre?






Ce billet vous a plu? Deux fois par mois, j'envoie une infolettre sur les livres que j'aime, ma vie d'écrivain et les coulisses de Sept à la dérive. Abonnez-vous en haut ou en bas de la page et recevez en cadeau ma nouvelle Berceau.






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© Nicolas Lemieux 2026

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