Les choix les plus durs se prennent entre des choses qu'on aime
- 30 juil.
- 3 min de lecture

La semaine dernière, j'ai eu soixante ans, et je me suis offert du temps en cadeau. Beaucoup de temps.
Après vingt ans en TI, je prends une retraite anticipée pour consacrer mon temps et mon énergie à mes projets d'écriture. Je n'arrête pas de travailler, et je n'ai pas l'intention d'arrêter avant des décennies. C'est juste qu'à partir de maintenant, mon travail, c'est écrire : créer, réviser, faire connaître.
Ce qui veut dire que cette infolettre reprend vie. De septembre à la fin de l'année, j'écrirai à chaque mois : une lettre sur le travail que je suis en train de faire, sur un livre de quelqu'un d'autre ou sur une conversation avec un autre auteur. En janvier, je verrai comment ça s'est passé et je vous dirai la suite.
Premier chantier : Sept à la dérive — un space opera à bord d'une cité de l'espace à la dérive, où une détective en herbe, Anita, se retrouve à enquêter sur des meurtres pendant qu'une rébellion gronde autour d'elle. Le roman est en révision avancée. Je me donne une année complète pour amener 7D au point de publication, et probablement une autre pour le lancer comme il se doit.
En ce moment, j'ajuste le monde dans lequel vit Anita, et je me pose des questions sur la météo.
Dans la ville de Sept, les maisons ont un côté mouillé et un côté sec. Vous pouvez mettre le patio du côté où il ne pleut presque jamais, mais le jardin, lui, il faut l'exposer à la pluie.
Voici pourquoi. Sept est faite de cylindres en rotation de huit kilomètres de diamètre, et c'est la rotation qui crée la gravité — de plus en plus fort à mesure qu'on s'éloigne de l'axe. Les gens vivent donc à l'intérieur de la coque, quatre kilomètres plus « bas », dans un confortable un g, comme sur Terre. Mais la rotation pousse aussi de côté sur tout ce qui monte ou descend là-dedans. C'est Coriolis, et ça pousse tout ce qui bouge — pluie incluse. Une averse peut partir dans n'importe quelle direction, mais cette petite poussée-là va toujours dans le même sens, contrairement au vent. Sur des années, c'est elle qui gagne. C'est pour ça que les maisons ont un côté mouillé. Personne à Sept ne parle de rotation ni de Coriolis, par contre. On dit que la façade est, c'est la façade mouillée, et tous les enfants savent ça.
Et c'est le genre de détail qui en entraîne dix autres. Les systèmes météo doivent flotter assez bas pour que la pluie tombe pour de vrai, et assez haut pour que le ciel ait encore l'air d'un ciel — ce qui compte énormément pour les gens qui vivent en dessous. Les cabines de certains ascenseurs doivent être montées sur cardan. Les sièges des navettes de rayon aussi.
Alors j'ajuste. Attendez-vous à de la pluie qui tombe presque toujours dans le même sens, à une météo qui se détraque, et à une pile de petits ajustements qui ne changent rien à ce qui arrive — mais qui rendent ce monde bien vivant.
C'est une période excitante pour moi, et un peu triste aussi. Je vis un petit deuil : je dis au revoir à des gens avec qui j'ai travaillé pendant des années, de qui j'ai énormément appris, et que j'en suis venu à apprécier profondément. Mais la vie est faite de choix, et souvent, les plus durs se prennent entre des choses qu'on aime.
Ça va être beaucoup de boulot. Tant mieux — j'aime travailler fort.
Mon ami et collègue auteur W. D. Kilpack III m'a aidé à trouver la phrase parfaite pour finir ce billet. On s'est aventurés ensemble dans les dédales des citations célèbres sur la chance et le travail, à en traquer la provenance. Une de mes préférées est souvent attribuée à Thomas Jefferson : « Je crois beaucoup à la chance. Plus je travaille, plus il me semble en avoir. » Le hic, c'est que Jefferson n'a jamais dit ça. La piste remonte à un recueil d'adages publié en 1922 par un dénommé Coleman Cox. Peu importe : j'ai bien l'intention de prouver que cette phrase dit vrai, encore et encore. Mais au bout du compte, la phrase parfaite est venue de W. D. Kilpack III lui-même.
« So, good work and more of it, my friend. »
(« Alors : du bel ouvrage, et encore plus, mon ami. »)
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Je raconte tout ça dans mon infolettre, Notes d'écriture. De septembre à la fin de l'année, elle sort toutes les deux semaines : le processus, les problèmes de métier, des dépêches de la dérive, et de temps en temps une entrevue avec un autre auteur. Si vous avez envie de suivre la construction du livre, inscrivez-vous ici — vous repartez avec une nouvelle gratuite, Berceau.
Alors — de quoi auriez-vous le plus envie d'entendre parler ?







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