Galerie MËL : Deux artistes qui façonnent la matière première de mon roman
- il y a 2 jours
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J'aime m'abreuver à toutes sortes de formes artistiques. La musique, la danse, les arts visuels...
J'écris une histoire qui se classe bien dans la grande famille de la science-fiction. Mais je ne suis pas marié à la SF pour autant. Je pourrais aussi bien écrire une nouvelle de cozy contemporain demain matin, de fiction historique la semaine prochaine, ou d'aventure rétro à la Bob Morane revisité dans trois mois. Sauf que mon projet actuel en cours, celui qui a besoin de tout mon temps et de toute mon énergie créative — Sept à la dérive — c'est bel et bien de la science-fiction. (Ou peut-être, un délectable mélange?) Et de toute façon, la SF, c'est ce que j'ai lu le plus quand j'étais ado, alors... Bon. Super. Ce qui ne m'empêche pas de lire Alexander McCall Smith à l'occasion, ou encore Gabriel García Márquez, Patricia Smart ou Michelle Lenormand. Ce qui ne m'empêche pas non plus de tripper sur la poterie par exemple, ou sur les arts visuels en général...
Ou encore, de passer quelques après-midis à me délecter des œuvres exposées à la galerie MËL.
Mon épouse carbure aux arts visuels. Grâce à elle, j'explore plus largement et je m'aventure hors de mes zones de confort, et je découvre des artistes qui me fascinent et qui m'inspirent à l'infini. Grâce à elle, j'entre en relation plus directe avec ces artistes. C'est génial! Mon écriture n'en sera que plus riche, et le reste de ma vie aussi.

À la galerie MËL, nous faisons la découverte de deux artistes exceptionnels : Melsa Montagne et Nathanaël Major. Et tout à coup... La boucle est bouclée. Leurs œuvres touchent de près à la chère science-fiction de mon adolescence.
Melsa Montagne le fait par ses personnages plus grands que nature, présentés sur des panneaux de bois immenses, et par son esthétique qui n'est pas sans me rappeler celle d'Enki Bilal, un célèbre bédéiste français que j'admire beaucoup; et aussi par ses thèmes, et sa palette de couleurs; par l'expression puissante de la vie intérieure de ses protagonistes. J'adore. Des œuvres qui percutent. Au premier coup d'œil, on est happé. J'aurais aimé la connaître avant; je serais allé voir l'exposition solo qu'elle a tenue à La TOHU tout l'été : Bêtes de foire, la forêt de nos différences. Je crois que j'aurais littéralement capoté.
Dès le trottoir, juste avant d'entrer dans la galerie MËL, les sculptures grandeur nature de Nathanaël Major captent notre attention. Personnages articulés (ou non), métalliques et colorés, oniriques, précurseurs de ce qui nous attend à l'intérieur.

Une fois passé le seuil de la galerie, Melsa Montagne nous accueille et nous fait découvrir les lieux. Nathanaël Major nous rejoint bientôt, tout droit sorti de son atelier situé à l'arrière. En passant, je salue Marc Gosselin, un autre artiste exposant, venu donner une retouche à une œuvre. J'avais remarqué ses réalisations dans un des beaux cafés du quartier Hochelaga-Maisonneuve : une vision unique du pont Jacques-Cartier, augmenté et tridimensionné au fil de laine.
Nous montons à l'étage de l'ancien garage de la rue de Rouen, attenant à une ancienne laiterie, elle-même intégrée à la galerie MËL...
Et je tombe bouche bée devant les sculptures post-apocalyptiques de Nathanaël Major.

Du métal travaillé à froid; des aciers torturés aux multiples tons d'ocre, que j'affectionne particulièrement; des terres arides et brûlées, des artéfacts qui émergent d'un sol rugueux, frappé au marteau et roussi par l'oxydation de l'acier corten... Ces œuvres me font carrément flipper. Un clocher ici, une tour d'astronomie là, avec un astrolabe à l'intérieur, tout en détails qui attisent irrésistiblement ma curiosité. Une cathédrale gothique complète jaillit du mur du fond, une DeLorean de l'autre mur, en pleine collision avec un monolithe sorti du fond de l'espace et du temps. Puis, une simple botte, perdue, seule. Une chaise. Une montre à gousset — cassée. Un temple grec — dévoré par la terre corrodée. Une forêt — brûlée. Une montagne de livres — prêts pour le bûcher. Un personnage — qui tente d'émerger du sol calciné. Je remarque aussi la faille de l'Étoile noire — celle-là même où Luke Skywalker, aux commandes de son X-wing, ôta finalement son viseur et mit toute sa confiance en la Force. Et puis, plus près de chez nous, un canot, un violon...

Je reste pantois devant la grandeur et l'échelle du travail de Nathanaël Major. Je suis sans voix, confronté au détail minutieux de ses œuvres. Voilà le boulot du sculpteur : tout à la fois forgeron, ingénieur, architecte et orfèvre. En redescendant l'escalier, je me suis dit que ça ressemble à la description des tâches de quelqu'un qui bâtit un monde de toutes pièces — un romancier.
Mais ce que j'ai vraiment rapporté avec moi, ce n'est pas seulement l'acier, mais plutôt, le feeling de cet acier mis au supplice. Dans une ville de l'espace à la dérive depuis deux siècles, comme celle où se déroule l'action de mon roman Sept à la dérive, il n'y a pas grand-chose de neuf : tout est recyclé, réparé, réutilisé, parfois fraîchement refait, souvent à moitié en ruine. Nathanaël Major sculpte exactement cette matière-là. Une botte perdue. Une chaise. De l'ocre et de l'oxydation. À la galerie MËL, j'ai passé une heure devant la matière première de mon livre.
C'est aussi vrai pour les personnages de Melsa Montagne que pour les sculptures de Nathanaël Major : des jeunes visages qui ont déjà beaucoup de vécu.

Et ça continue de résonner ailleurs. Puisque je me suis laissé plonger dans le monde de la BD cet été, je suis frappé par combien l'œuvre de Nathanaël Major me renvoie à un univers parallèle dans lequel je suis déjà en train de voyager par le livre que je lis au moment même où je visite la galerie MËL : Silent Jenny, de Mathieu Bablet, dernier volume d'une trilogie de science-fiction; l'action se déroule à bord de cités mobiles errant sur une Terre stérile. Des villes à la dérive... Je vous jure que je n'ai rien arrangé avec le gars des vues!
Mais quand même. Science-fiction, quand tu nous tiens.
Melsa Montagne et Nathanaël Major ont fondé la galerie MËL il y a maintenant trois ans. Ils soulignent cet anniversaire du 5 au 27 septembre 2026 avec une exposition collective.
Vernissage le 5 septembre, de 15 h à 21 h.
Si vous orbitez aux alentours de l'Amérique du Nord dans les prochaines semaines ou les prochains mois, ne manquez pas de faire le plongeon vers la galerie MËL. (Vous voyez c'est où, Montréal, hein? Juste là, au nord du golfe du Mexique, un peu à l'est du lac Ontario...) Venez admirer les œuvres de Melsa Montagne et de Nathanaël Major, et celles des artistes qui se joignent à eux. Mieux encore, procurez-vous une ou deux œuvres grand format (ou moins grand), avant qu'elles ne s'envolent comme des petits pains chauds. Votre vie en sera enrichie au centuple.

Galerie MËL 3140, rue de Rouen, Montréal, QC, H1W 1K6
Métro Préfontaine
Heures d'ouverture : Du vendredi au dimanche, de 13h30 à 18h

Melsa Montagne est une artiste montréalaise en arts visuels qui se démarque par une peinture figurative, souvent troublante, explorant les méandres de la complexité du genre humain. Son style instinctif mélange l'acrylique, le pastel, l'encre et le collage pour créer des portraits anonymes et expressifs qui évoquent de profondes vérités émotionnelles.
Expositions récentes et notables
Bêtes de foire, la forêt de nos différences : exposition solo présentée dans la salle d'exposition de La TOHU (2345, rue Jarry Est), qui explore l'unicité et les différences humaines à travers le portrait figuratif.
Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal : présente dans le cadre d'une exposition collective qui s'est déroulée jusqu'en août 2026.
Galerie MËL : ses œuvres et les pièces non vendues lors des expositions sont régulièrement disponibles dans son espace de galerie situé au 3140, rue de Rouen, dans Hochelaga, à Montréal.

Nathanaël Major, sculpteur montréalais, se distingue par son travail de sculpture sur métal et ses finitions recherchées. Ses pièces d'acier oxydé s'inscrivent dans des univers narratifs singuliers. Selon EtOH Brasserie, son travail artistique pour sa série principale représente « une version du monde vétuste et dystopique ».
Il a participé récemment à plusieurs expositions collectives à la galerie MËL, à Montréal, au cours de l'année 2026.
Expositions récentes (2026)
MINIATURE 3 (juillet – août 2026) : exposition collective estivale présentée à la galerie MËL, avec un finissage en août.
Nostalgie (mars – avril 2026) : exposition collective explorant l'esthétique et les souvenirs des décennies 1970 à 1990, réunissant de nombreux créateurs locaux.








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