2- D.L. Lewellyn : mini-série d’entrevues croisées!
Deuxième partie — Rayonnement et confessions

DLL. Un autre sujet que Nicolas et moi aimons aborder, c’est le lien avec notre lectorat par nos infolettres et les réseaux sociaux. Nicolas a partagé des façons créatives de tendre la main et d’encourager les autres dans la première partie. Il a aussi parlé de la refonte récente de son site Web et de son infolettre. Ici, dans la deuxième partie, on va creuser davantage et aborder d’autres avenues. On bifurque aussi vers le processus d’écriture. Bonne lecture!
J’ai constaté que les outils de rayonnement que j’utilise, et la façon dont je les utilise, ont pas mal évolué au fil des différentes étapes de ma carrière d’écriture. J’ai maintenant concentré mes activités sur les endroits positifs où j’ai le plus de plaisir, et même s’ils ne me permettent pas d’atteindre tout ce que je vise, je m’y tiens parce que j’aime la créativité et les liens qui s’y créent. Même les plus petites récompenses me font avancer. Il se trouve que tu fais partie de ces premières rencontres sur Twitter pour lesquelles je suis reconnaissante chaque jour. 😄
La plateforme X mérite d’être mentionnée comme une de celles que j’ai quittées depuis, même si c’est là que je t’ai rencontré, avec quelques autres plumes bienveillantes. L’ambiance s’est gâtée quand c’est devenu plus politique et truffé de désinformation non vérifiée, alors j’ai fait le choix difficile de renoncer à une communauté nombreuse. Aujourd’hui, mes quatre principaux engagements sont :
1) mon infolettre;
2) mon site Web;
3) Instagram; et cette année,
4) une super collaboration promotionnelle avec RomanceBookLovers.com, coordonnée par l’intermédiaire d’un groupe Facebook.
Je détaille tout ça un peu plus bas.
Quelles avenues de rayonnement fonctionnent le mieux pour toi? As-tu abandonné certaines plateformes au profit d’autres?
NL. J’ai ma liste d’envoi, que j’espère faire grandir avec le temps, et mon site Web, avec mon blogue, Notes d’écriture. J’ai ajouté cet été une nouvelle page pour montrer mes entrevues passées.
J’utilise aussi les réseaux sociaux, tout en gardant en tête qu’ils ne sont peut-être pas l’outil de marketing génial et efficace qu’on dépeint souvent. Mais c’est une excellente façon de trouver des gens et d’aller à leur rencontre, et de m’exercer à me montrer et à être visible dans le monde. Je ne suis pas très systématique, mais j’utilise un outil qui pourrait t’intéresser. Ça s’appelle Buffer. Il a une version gratuite qui permet de connecter jusqu’à trois réseaux. Alors au lieu de devoir publier trois ou quatre fois, je le fais une seule fois. Je publie dans Buffer, et ma publication part automatiquement vers Instagram (et Facebook), LinkedIn et Twitter-X. Buffer a un planificateur, alors on peut étaler ses publications dans le temps.
Je suis d’accord que Twitter-X s’est gâté. Je pense à le quitter depuis un moment, mais je craignais de perdre contact avec des gens sympathiques et intéressants que j’y ai rencontrés. J’ai suivi la vague il y a deux ou trois ans et j’ai ouvert un compte sur Mastodon, en espérant y trouver un remplaçant. Ça n’a pas marché pour moi. Même si j’ai rencontré des gens sympathiques pendant le peu de temps que j’y ai passé, j’ai trouvé la plateforme elle-même, sa façon de fonctionner, plutôt fastidieuse. J’ai fini par fermer mon compte. Désolé si vous adorez Mastodon. Je vous souhaite le meilleur. Je ne dis pas que je n’y reviendrai pas un jour.
Bref. C’est vrai que c’était facile de joindre beaucoup de nouvelles personnes sur X, mais LinkedIn est encore mieux. C’est sur LinkedIn que j’ai tissé le plus de liens au début, quand je faisais grandir ma liste, alors je le garde comme l’un de mes deux préférés. J’y ai de belles amitiés et de bons contacts. Mon autre préféré, le plus amusant et le plus addictif, c’est Instagram. Ma page Facebook est plutôt une réflexion après coup, déjà prise en charge chaque fois que je crée quelque chose sur Instagram.
Aussi… Est-ce que j’ai mentionné que j’ai une légère obsession pour les balados?
DLL. Et tu as toujours d’excellentes suggestions! Il faut que je me rattrape. C’est drôle, je vais plus souvent sur LinkedIn depuis qu’on y est en contact. J’ai décidé de ne pas accepter toutes les invitations, parce que tellement de gens essaient de vendre des services. Alors je suis sélective, et je n’ai pas encore trouvé ma voix. En plus, j’ai laissé mon parcours professionnel précédent intact, ce qui est un peu bizarre maintenant que mon profil est à mon nom de plume. Alors mes contacts mélangent mon ancienne vie professionnelle et la nouvelle.
J’ai essayé Threads, mais je n’y ai pas fait de vagues du tout. Ce serait sans doute utile d’utiliser une application qui permet de publier simultanément. Merci de l’avoir mentionnée. J’avoue qu’après des cafouillages de comptes Facebook, j’ai des moments où j’envisage de me déconnecter, mais il y aurait tellement de gens qui me manqueraient, comme toi. Et il y a cet élan qu’on ne retrouve pas… Et cette affaire de marketing…
NL. N’est-ce pas? J’ai les mêmes pensées à propos de me déconnecter, au moins pour de plus longues périodes. Et Facebook, oui, c’est un casse-tête. Comment tous les outils Meta s’articulent, ce n’est pas clair à tous égards. Surtout le profil FB par rapport à la page FB; comment les utiliser de façons plus claires et distinctes… Je ne sais pas vraiment.
DLL. J’aime bloguer sur la vie d’écriture et interviewer d’autres plumes sur mon site depuis le début de ce parcours, mais cette année, j’ai essayé deux nouvelles activités. J’étais ravie de lancer enfin mon infolettre (avec l’aide de ma nièce), et je m’amuse comme une folle avec ce débouché créatif, malgré la difficulté d’ajouter des personnes abonnées. J’ai réussi à faire grandir mon public grâce à quelques promotions, mais les désabonnements dépassent de loin les nouvelles inscriptions. Soupir…
Ça ne m’empêche pas d’imaginer de nouvelles façons d’offrir du contenu amusant, des réflexions et des conseils sur la vie d’écriture. En ce moment, mon lectorat reçoit chaque mois un épisode d’une nouvelle de fantasy paranormale, un mélange Fae contre Punk…

Tu as droit à un avant-goût de mon prochain épisode.
Le deuxième élan de mon rayonnement, ç’a été de me joindre aux campagnes trimestrielles de RomanceBookLovers.com. J’ai découvert ce concept de collaboration l’an dernier et j’étais reconnaissante d’avoir l’occasion de monter dans le train, alors qu’une personne merveilleuse à la coordination avait créé une page Facebook et un site Web et invité des plumes à participer ensemble à la diffusion massive de leurs livres. J’ai combiné le premier événement avec le lancement de Tigris Vetus. Tu as sans doute vu passer ces publications qui invitent à remplir sa liseuse Kindle. C’est le genre de gros événement dont je parle.
J’ai participé à deux d’entre eux cette année et je participerai encore en octobre. Ces événements m’ont rapporté 13 494 commandes traitées (j’inclus les commandes hors événements, parce qu’elles sont négligeables et que c’est plus simple que de les soustraire 🙂). Ces chiffres sont surtout des commandes pour les tomes un et deux de The Starlight Chronicles. Je n’ai pas inscrit Tigris Vetus, mais il en a profité indirectement, avec 86 ventes cette année (jusqu’ici). Ça te dit à quel point le lectorat est incapable de résister aux livres gratuits. Je sais que moi, j’en suis incapable, ce qui veut dire que j’ai une énorme pile à lire!
Des plateformes comme Apple Books et BookBub ont aussi pris le train en marche et nous aident maintenant à les aider en faisant la promotion de nos événements. Apple encourage même à s’inscrire à son programme d’affiliation, qui permet de toucher un petit montant pour chaque clic sur son livre, même s’il ne mène pas à un téléchargement.
Le revers de la médaille : quand on fait charger son livre dans des milliers de liseuses pendant ces campagnes, on risque de saturer son marché avec un lectorat qui oubliera instantanément que le livre est dans sa bibliothèque et ne le lira jamais. Sur ces 13 000, j’ai reçu environ 20 critiques sur Amazon et une poignée sur Goodreads. Reste qu’on ne sait jamais quand quelqu’un va parcourir sa bibliothèque Kindle et commencer notre livre. C’est toujours une perspective excitante.
Je ne voulais pas radoter sur ce qui relève davantage de la promotion que de l’engagement, mais je pense que les deux sont un peu liés, parce que les personnes qui participent ont beaucoup de plaisir à collaborer au rayonnement. Je recommande de trouver un groupe adapté à son genre et à sa communauté.
NL. Attends… wôôô! As-tu vraiment dit 13 494 commandes? Pour les tomes 1 et 2? J’ai les yeux qui me sortent de la tête en ce moment… Et 86 de plus pour le livre que tu n’as même pas inscrit, le tome 3? Bon, j’ai le cœur qui s’emballe un peu, là. J’ai tellement hâte d’en essayer une! Même si ce sont des livres gratuits que tu donnes, ça fait tellement de nouvelles personnes susceptibles de te lire… J’en ai le tournis! Bravo, Darci!
Y a-t-il des statistiques sur le nombre de gens susceptibles de lire réellement les livres? Même si c’est un petit pourcentage, je dirais que ça vaut quand même largement la peine. Tu as reçu 20 critiques sur Amazon et une poignée sur Goodreads en peu de temps; je trouve ça extraordinaire! J’ai hâte d’avoir un ou deux livres publiés pour pouvoir expérimenter avec toutes ces plateformes comme toi. Merci beaucoup de partager ton expérience, Darci, c’est une telle inspiration et une grande source de motivation. Si j’ai si hâte, c’est surtout parce que ça a l’air tellement amusant.
À propos de l’art d’écrire
Alors, j’avais quelques sujets en tête, plutôt sur l’écriture elle-même — si tu veux bien les développer… Comment structures-tu tes histoires? As-tu une ou plusieurs techniques, une ou plusieurs ressources de mentorat de prédilection? Comment abordes-tu une nouvelle histoire? Par l’intrigue ou par les personnages? À l’instinct ou en planifiant? Tout ça à la fois, ou y a-t-il un schéma qui se dégage?
DLL. Le mérite revient au pantsing, et je ne parle pas des enfants espiègles qui baissent les pantalons (pants, en anglais) de quelqu’un. 😉 Une pantser — quelqu’un qui écrit à l’instinct —, voilà ce que je suis. Du moins, c’était ma méthode dominante au début. Ces temps-ci, j’ai tendance à combiner plusieurs techniques, et j’en applique souvent plusieurs au même projet, même un peu de plan et de planification, mais surtout de l’instinct. Je laisse l’histoire dicter ce dont elle a besoin.

Je dirais aussi que mon style de structure s’est développé après avoir savouré et distillé des centaines de livres de plumes qui écrivent dans mes genres (énumérées plus loin). Une autre technique qui semble faire des merveilles, c’est de me jouer des scènes dans la tête en m’endormant ou en me réveillant. Je ne suis pas douée pour les noter, mais j’arrive à en retenir les grandes lignes. Je continue de rappeler la scène et de la travailler de cette façon, si bien que lorsque je m’assois pour écrire, ça coule.
Confessions…
Alors, l’écriture à l’instinct fonctionnait au début, et c’est ma méthode préférée, mais j’ai laissé trop d’autres techniques s’immiscer sous ma peau après tout ce que j’ai appris depuis mes débuts. Je vais admettre quelque chose ici pour la première fois. J’ai plus d’une demi-douzaine de romans en chantier, tous bien avancés, mais ils sont tous en attente parce que j’en ai trop appris sur l’écriture! Que veut dire cet aveu bizarre? Je vis une forme de syndrome de la page blanche.
Quand j’ai écrit ma série, je n’en savais pas assez pour comprendre que je faisais des erreurs, et mon écriture coulait. Elle était libre. L’histoire que je voulais raconter sortait telle que mes personnages la racontaient. D’accord, le résultat était amateur, mais j’avais une histoire complète que je pouvais réécrire à mesure que j’acquérais de nouvelles compétences. Maintenant que j’en comprends plus sur la structure, les temps forts du récit, montrer plutôt que dire, et toute cette patente-là, je reste coincée histoire après histoire, peu après avoir présenté mes personnages et écrit les premiers chapitres. L’intrigue s’effondre et je perds mon mojo.
Les instincts sur lesquels je comptais au début de mon parcours, et qui m’ont portée jusqu’ici, se sont tus. Je pense que c’est un affrontement entre l’intuition et les règles. Tout ce que j’ai appris au cours des quatre dernières années me remplit la tête et me hante devant le clavier.
Je réalise que je suis ma pire ennemie et que c’est à moi de trouver une solution. C’est juste que l’écriture a été si régulière depuis mes débuts que c’est difficile d’affronter le syndrome de la page blanche pour la première fois, et avec autant d’histoires. C’est comme un embâcle dans mon cerveau. C’est un environnement qui a nourri un sérieux syndrome de l’imposteur, l’impression de ne plus avoir une histoire complète en moi… Je suppose que c’est le premier gros réajustement auquel je dois faire face.
NL. Je comprends tellement! Chaque fois que je pense que mon écriture s’est améliorée, ou que j’ai maîtrisé un nouvel aspect du métier, il m’arrive exactement la même chose. Aussi, après à peu près chaque appel avec ma directrice littéraire, ça me prend quelques jours pour me réajuster et changer de vitesse. J’ai trop d’idées, et c’est comme si ma vision de ce que j’essaie d’accomplir était trop claire, si c’est même possible. Trop claire, trop belle, trop grandiose. Si j’essaie d’écrire dans cet état, je n’y arrive tout simplement pas.
Je dois me rappeler de baisser mes attentes, me dire que ce n’est qu’une « énième version poche », qu’elle ne sera pas et ne devrait pas être parfaite, que ce n’est pas son rôle, qu’on ne s’attend même pas à ce que je réussisse du premier coup, ni du deuxième, ni même cette fois-ci, parce qu’il y aura des occasions d’améliorer les choses plus tard. Tant que je ne me suis pas dit tout ça, écrire n’est pas vraiment possible. Ça demande un effort. Mais je pense qu’avec le temps et la pratique, on peut apprendre à réconcilier ce qu’on apprend et ce qu’on sait avec notre flot naturel intérieur.
C’était pareil avec le chant. Chanter, c’était facile avant mon premier cours de chant. Mais quand j’ai commencé à apprendre et à prendre ça plus au sérieux, c’est soudain devenu très compliqué. Presque impossible. C’était comme si je n’arrivais pas à coordonner ma respiration, ma mâchoire, ma langue, mes épaules et je ne sais quelles autres parties de mon corps, et à chanter les bonnes notes au bon rythme, tout ça en même temps. Mon cerveau interférait avec mon flot naturel. Mais avec le temps, beaucoup de pratique et d’entraînement, la technique est devenue une seconde nature (du moins jusqu’à un certain point), et chanter est redevenu une expérience positive.
DLL. Ah. La mémoire musculaire et la formation d’habitudes. J’aime cette comparaison, Nicolas. Une partie de mon problème, c’est que je n’ai pas pris assez de pauses depuis le début de ce parcours. J’ai bien des projets d’artisanat méditatifs vers lesquels me tourner. L’équilibre, c’est la clé, non? Mais misère! C’est tellement difficile de m’arracher à ma passion.
Et puis… il y a mon âge. Le sentiment que le temps file me donne un sentiment d’urgence à faire paraître mes histoires. Pourquoi a-t-on seulement la liberté du temps une fois l’âge venu, et qu’on n’en a jamais assez?
Bon, c’est tout pour les confessions et les coups de gueule. 😁
NL. Pourquoi le temps s’entête-t-il toujours à passer si vite? On ne pourrait pas juste le ralentir ou quelque chose du genre? À 58 ans, je le sens aussi. Et trop souvent, cette pression de tout sortir avant qu’il soit trop tard, disons juste que… ça devient écrasant. Et le syndrome de l’imposteur. Lui aussi peut devenir écrasant, parfois. On pourrait écrire un livre entier là-dessus sans même effleurer la surface. Mais je tiens à te remercier pour tes confessions, Darci, et j’aime lire tes coups de gueule.
Et le genre?
Sur une autre note, j’ai remarqué que tu t’amuses avec toutes sortes de genres, en restant généralement dans l’univers de la romance, mais en t’aventurant dans des histoires historiques de pirates, de la fantasy pure et dure et, bien sûr, du surnaturel avec métamorphes… J’adore la liberté créative sous-jacente que ça révèle dans ton travail. De façon générale, comment abordes-tu le genre? Si tu as envie de réfléchir à voix haute là-dessus un moment… je vais m’installer confortablement et me délecter de tout ce que tu as à dire, en vrai fan que je suis.
DLL. Tu es tellement zen, Nicolas. Je t’imagine très bien en train de te prélasser au soleil avec ton chapeau. Et tu es la première personne à me dire que tu es mon fan! Merci pour ça.

NL. Absolument.
DLL. C’est une question facile. J’écris ce que j’aime lire. Comme je l’ai mentionné, je lis beaucoup, ce qui couvre tout le spectre, des thrillers à la fiction historique, en passant par la romance et les cozy mysteries, jusqu’à la SF et la fantasy. Mais la fantasy, comme tu l’as souligné, permet de peindre à très grands coups de pinceau.
La romance fantasy, surtout dans sa variante paranormale ou surnaturelle, est le genre qui m’a dévorée comme lectrice pendant ce premier été de pandémie, en 2020. Des plumes comme Grace Draven (que j’ai interviewée en décembre dernier), Laura Thalassa, Jeaniene Frost, Ilona Andrews, Stephenie Meyer, Cassandra Clare, Stephanie Hudson et Carrie Pulkinen (une autre entrevue en janvier), toutes à succès et plusieurs indépendantes ou hybrides, ont écrit les histoires qui m’ont inoculé le virus de l’écriture. Et oui, comme tu dis, la fantasy.
La troisième partie suivra : on y parlera de nos réflexions sur l’image de marque et sur la vie d’écriture.
NL. Sérieusement, chers lecteurs et chères lectrices. Ne. La. Manquez. Pas!







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